Numéros d'identification :
MNC 98.11.2

Désignation :
Bouclier nommé « jamasj » en langue vernaculaire

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Création :
Style du Tjitak, Région du peuple Asmat, Province de Papua (Papouasie occidentale), Indonésie

Matière et technique :
Bois indéterminé (xylème)
Sculpture
Pigment minéral
Appliqué

Mesures :
Hauteur maximale 225
Largeur maximale 83
Largeur minimale 65
Epaisseur maximale 11.5

Fonctionnement et contexte :

Les Asmat donnent à leurs boucliers, faits de grandes planches de palétuvier et peints des couleurs Asmat traditionnelles (blanc, rouge et noir), le nom d'un ancêtre plus ou moins récemment décédé, dont le porteur de bouclier va devoir venger la mort, afin de lui permettre d'atteindre le monde des esprits. Du nom de cet ancêtre parfois puissant, va découler un pouvoir qui va protéger le porteur du bouclier au-delà des simples attaques physiques, lances ou flèches, dont il peut être l'objet lors des raids de chasse aux têtes.
C'est d'ailleurs ce pouvoir qui conférera sa réelle valeur à l'objet. Les dessins sculptés à sa surface évoqueront à la fois les personnages ancestraux, et les symboles de chasse aux têtes, tels le calao, le cacatoès noir et l'opossum. Pour les Asmat, en effet, l'homme est métaphoriquement semblable à un arbre : sa tête devenant fruit, les animaux et oiseaux frugivores sont considérés comme des conjurations magiques efficaces pour la chasse. La mante religieuse, qui dévore la tête de son partenaire après l'accouplement, est de ce fait aussi un motif de bouclier omniprésent. Les boucliers de guerre sont les sculptures qui marquent le mieux la distinction entre les différentes régions stylistiques.

Affaire de non-spécialiste, la fabrication du bouclier peut prendre deux à quatre semaines avant la fête des boucliers. Tout homme doit être capable de réaliser le sien. Il creuse à l'herminette,  dans le contrefort de la racine de l'arbre choisi (variété de palétuvier), une planche grossière d'environ deux mètres de long et un mètre de large. Après avoir affiné et réduit les imperfections de la planche, lui seul décide de l'ornementation qui décorera le bouclier. Les motifs, reproduits de mémoire, diffèrent selon les régions. Simples ou composites, ils revêtent une signification symbolique précise qui n'est pas toujours facile à identifier. Les sujets représentés sont souvent des éléments naturels : animaux variés (opossum, chauve-souris etc.), insectes, traces d'insectes, vagues, ornements de nez, coquillages, motifs floraux abstraits et parfois anthropomorphiques, tous plus ou moins stylisés. Armes de protection dans les combats, les boucliers devaient être légers pour permettre un déplacement rapide, et suffisamment grands de manière à couvrir le corps entier du guerrier. Au cours d'une bataille, l'utilisation du bouclier intervenait après les premières approches d'intimidation effectuées par le guerrier : agitation des lances, déplacement par bonds sur le côté, menaces verbales et incantations. L'exhibition de leurs boucliers, symbole de leur puissance, leur agitation par la suite, accentuée par le rythme saccadé de leurs mouvements, terrifiait l'ennemi. Cette étape de l'intimidation était le prélude au combat d'homme à homme proprement dit, avec jet de lances, projection de flèches, échanges de coups, etc. Le bouclier apparaît comme un support de message guerrier face à l'ennemi. Par son décor et ses motifs, il annonce à l'adversaire l'identité de son porteur et affirme sa détermination. Porteur de la puissance invisible de ses ancêtres, il lui est indispensable pour remporter la bataille. Ainsi, à l'époque où le rite de la chasse aux têtes avait encore cours, un guerrier Asmat pouvait quelquefois aller au combat seulement avec son bouclier, confiant en la puissance évocatrice de ses symboles terrifiants pour accabler, voire écraser l'ennemi. La durée de vie d'un bouclier pouvait atteindre une centaine d'années, car en temps de paix il était accroché dans la maison des hommes (« yeu »), ou chez son propriétaire, et ainsi il était protégé des insectes par la fumée du foyer. Lorsqu'un nouveau conflit se préparait, on le ressortait pour le nettoyer et raviver ses couleurs.

Bibliographie :
  • "Art Asmat" 1998, Catalogue d’exposition édité par le Musée de Nouvelle-Calédonie, Nouméa, p.33
  • Les Nouvelles Calédoniennes 2007, « Fiches Culture » du Magazine Coco TV, n°604, 25 septembre au 5 octobre 2007
Exposition :
  • "L’Art Asmat au Musée Territorial de Nouvelle-Calédonie" exposition du 4 novembre 1998 au 2 février 1999
  • Exposition permanente du musée de Nouvelle-Calédonie